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L'exquise Nouvelle

Pays

dimanche 23 février 2014

Romans de la nuit, ou l'ABC du roman noir.


Je lis beaucoup, par passion, et aussi par obligation, que cela soit pour des chroniques ou pour des manuscrits à évaluer.
Mais je ne me plains pas, j'aime cela.
Depuis quelques temps, les auteurs de thriller, romans noirs et autres polar ont pris pour habitude de torturer, dépecer, faire souffrir physiquement les victimes, ils nous font intervenir des tueurs en séries plus sadiques et vicelards les uns des autres, du psychopathe de haut niveau, que même Hannibal Lecteur, tu as presque envie de lui faire un câlin.
Faut que ça hurle, que ça brûle, que ça arrache, que ça saigne, que la tripes soit ouvertes et fumantes, pas question de claquer sans la moindre douleur, sans être passés par les pires actes de barbarie...
Soit, puisqu'il le faut,
Quoi que le faut-il vraiment ?
Est-ce que la pire des tortures qu'un homme, ou une femme peut endurer, est-ce vraiment la torture physique ?
Et si le pire du pire ce n'était de se faire arracher les ongles, électrifier les testicules, découper l'utérus au couteau suisse ?
Et si le pire, c'était la torture mentale ?
Après tout, ne serait-on pas plus torturé à l'idée de savoir que l'amour absolu, le vrai, le pur n'existe, ne serait-on pas encore plus au fond du gouffre en se rendant compte que cette femme que l'on a idéalisé vous a manipulé, est une pute immonde ? Ou bien encore que sa pureté est mise à néant, saccagé par un tiers ?
Bref que la trahison des sentiments est la pire des tortures qui soit ?
Et qu'avec ce simple sujet, vieux comme le monde, on peut faire des romans magnifiques, des romans à vous retourner les tripes, et surtout le cœur ?
On, je ne sais pas, mais Frédéric DARD, oui, et le magnifique livre : Romans de la nuit, qui vient de sortir chez Omnibus nous le prouve, dans cet ouvrage on retrouve :
- Cette mort dont tu parlais
- C'est toi le venin
- Des yeux pour pleurer
- Le monte-charge
- L'homme de l'avenue
- la pelouse
- Une seconde de toute beauté

Sept magnifique roman, dont un de mes préférés, Une seconde toute beauté, Frédéric Dard fait preuve d'une immense maîtrise de l'atmosphère sombre, de l'angoisse psychologique.
Un homme, souvent par amour, va tomber dans une spirale infernale, ne plus rien contrôler, il a croisé celle qui ne fallait pas, celle qui va le manipuler, le faire manipuler, le broyer, l'anéantir...

Frédéric Dard ne dépeçait pas ses victimes, juste leurs cœurs et leurs âmes, c'est juste ça qu'il « travaillait », et franchement, c'est beaucoup plus fort, et tellement plus réaliste.

Je ne peux pas faire une chronique sans faire un résumé du livre, mais je ne vais pas résumer sept romans, alors je dois faire un choix, aller tiens, au pif : Une seconde de toute beauté :

Comme je le disait ce livre est certainement mon préféré de Frédéric Dard. Un roman noir, sombre, certes, mais aussi à mes yeux, un roman plus que romantique, je trouve que l'atmosphère qui se dégage de ce livre est totalement empreinte de ce romantisme, soit-disant désuet maintenant.
Outre le cadre et les paysages il a surtout les personnages.
Commençons par  la victime, Héléna. Chacun des protagonistes du livre la juge différemment. Soit aimante et joyeuse, passionnée, insatisfaite et solitaire, soit malheureuse qui n’aime personne… Mais qui était elle vraiment?
On la retrouve morte, le pistolet de son père gisant à coté d’elle. Alors, meurtre ou suicide ?
Puis il y a les autres : Angélo et Elisabeth, ses parents, colonialistes purs et durs, Clémentine, la petite sœur, le souffle de fraîcheur, Hernando, son mari, l’homme violent, frustré et  impulsif dans toute sa splendeur, tonton le paraplégique légèrement alcoolique…
Toute cette famille se retrouve autour d’Hélèna, avec une seule question : « pourquoi est elle morte? » Les langues se délient. Elle rencontrait un homme, François Sauvage. Était il son amant, son ami, son confident ? Peu importe, il arrivait au domaine pour un interrogatoire musclé et violent.
C’est un huis clos magnifique, violent et pathétique, où les personnages tombent les masques au fur et à mesure, teinté d’une véritable et belle histoire d’amour. Dans ces 240 pages on trouve tout le talent de Frédéric Dard qui comme à son habitude conclut l’histoire par une fin inattendue.

Une préface et des notices de notre ami Dominique Jeannerod, une excellente analyse de sa part de cette période, j'aime San-Antonio, mais j’adore Frédéric DARD, je ne pouvais qu'être de l'avis de Dominique, cela donne, ou redonne, envie de relire les classiques du romans noirs.

De même à la fin de ce livre, vous trouverez une filmographie (films, téléfilms, feuilletons radiophoniques et pièces de théâtres) très compète établie par Jacques Baudou.
Si vous êtes un inconditionnel de Frédéric Dard, n'hésitez pas à vous offrir ce livre, si vous n'avez jamais lu, que vous avez essayé un San-Antonio, et que vous n'avez pas « accroché », risquez le coup, vous aller découvrir une autre facette de cet immense auteur.

En cette période où la crise est partout, et même dans le livre, j'espère de tout coeur, que nombreux seront les acheteurs, les lecteurs, afin que la série continue...

Roman de la nuit de Frédéric DARD
Préface et notice de Dominique JEANNEROD
Filmographie établie par Jacques BAUDOU
Éditions OMNIBUS
26€
ISBN 978-2-258-10792-2

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